7E et 8E années
MENTION HONORABLE (7e et 8e années)
Grace Glosnek
Somnambule
Parfois, je me sens en guerre contre moi-même.
Tout le monde a de bonnes et de mauvaises journées. Moi, j’ai tendance à en avoir plus de mauvaises que de bonnes. Je repousse les gens autour de moi alors que tout ce qu’il me faudrait, c’est un câlin et les mots « Tout va bien aller ». J’en ai besoin, sauf que je n’ose jamais demander de l’aide puisqu’il n’y a personne à qui m’adresser. Enfin, personne qui m’écouterait. L’idée de révéler mon terrible secret à mes proches est aussi terrifiante que les cauchemars eux-mêmes. J’ai peur qu’une fois ma vérité éventée, les choses ne soient plus jamais comme avant, et que je perdrai tout. Il n’y aura alors plus personne avec moi. Comme cette nuit là.
Il faisait froid et sombre, je me sentais sans vie. Je voulais crier que j’allais bien, mais aucun mot ne franchissait mes lèvres frémissantes. J’ai essayé de pleurer, mais mes yeux étaient figés par la peur. L’inquiétude sur le visage familier de ma mère était indescriptible, et restera à jamais marquée dans ma mémoire. Mon esprit et mon corps ne s’accordaient plus. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je n’avais jamais vécu une telle chose auparavant.
Cela faisait des années que j’avais des crises de panique. La nuit, je faisais tout sauf dormir. Je savais déjà que j’étais somnambule, mais marcher et parler dans mon sommeil, c’était normal pour moi. Malheureusement, ça a empiré; j’ai commencé à sangloter, à me débattre et à pousser des cris en dormant. Au matin, je ne comprenais pas pourquoi j’avais le visage rouge et bouffi. Après trop de nuits perturbantes, j’en ai eu assez. J’avais l’impression d’avoir toute ma raison, mais je savais qu’il y avait quelque chose de sombre en moi qui causait ces crises, et c’était suffisant pour me convaincre que j’étais peut-être en train de perdre la boule.
Bien des gens ont l’air parfaits, vus comme ça, mais c’est simplement parce qu’ils ne vous montrent que leur bon côté, ou l’image qu’ils veulent se donner. Les Japonais disent qu’on a trois visages; le premier est celui que l’on présente au reste du monde; le deuxième, celui que l’on montre à nos parents et amis proches; et le troisième, celui que l’on garde pour soi. C’est derrière ce troisième visage que l’on dissimule nos secrets les plus sombres et intimes.
La seule personne qui les connaissait, mes secrets les plus sombres et intimes, c’était ma mère. C’est elle qui se ruait dans ma chambre pour me demander d’une voix anxieuse si j’allais bien ou si j’étais en train de faire une crise. Elle essayait tant bien que mal de me réconforter, comme toute mère avec son enfant. S’il y avait eu un incident la nuit d’avant, elle ne me laissait jamais voir à quel point ça l’avait secouée, mais je pouvais lire la terreur dans ses yeux et déduire que c’était encore arrivé. Parfois, je me sentais plus mal pour elle que pour moi. Mais cette nuit là, tout a changé. Cette fois, ce n’était pas ma mère que je plaignais. Cette fois, c’était moi.
Ce jour-là, tout avait été normal, jusqu’à l’heure du coucher. En m’étendant sur mes couvertures, j’ai tout de suite plongé dans un profond sommeil, comme dans une transe. Tard dans la nuit, ma porte s’est lentement ouverte en grinçant. La silhouette dans l’embrasure m’était familière. C’était ma mère qui se tenait là, me demandant d’une voix faible si j’allais bien. J’ai essayé de répondre, mais quelque chose n’allait pas. Tout paraissait normal, sauf que je ne pouvais ni parler, ni bouger, et que j’assistais à la scène d’un angle de vue impossible. J’ai cru alors que je voyais ma mère en train de trouver mon corps sans vie. J’ai cependant pris conscience que ce n’était pas réel. C’était un cauchemar qui avait dérapé. Intérieurement, j’ai commencé à pleurer et à hurler sans pouvoir m’arrêter, et les voix dans ma tête se sont simplement mises à rire et à se moquer de moi.
Quand on se voit soi-même sans vie, on comprend que ça ne va pas. Lorsqu’on se fait demander si tout va bien, on répond machinalement que oui, mais un jour, on finit par se rendre compte qu’on ne va pas bien et qu’on aurait dû être honnête non seulement avec la personne qui pose la question, mais aussi avec soi-même. Je ne peux comparer ce qui m’est arrivé cette nuit-là qu’avec une possession par un fantôme. Celui ci s’empare de votre corps et vous lui cédez.
Impuissant, vous laissez les petites voix dans votre tête sauter sur l’occasion de vous mettre en pièces. C’est leur chance de vous faire sentir bon à rien, et justifier vos soupçons d’être en train de devenir fou. Elles vous disent que vous êtes une loque. Votre propre mère vous pense malade. Un jour, vous ne vous réveillerez pas, et une fois que les gens sauront la vérité sur vous, vous serez seul pour toujours. Les voix ne se tairont pas tant qu’elles ne vous auront pas convaincu. Elles ne vous laisseront jamais oublier ce qui s’est passé, et le démon en vous non plus. C’est comme si tout ce que je tentais pour mettre fin à ma douleur et à ma souffrance atroces ne faisait qu’empirer les choses. Graduellement, les voix sont devenues plus fortes; les pensées, plus ignobles. Cette nuit-là, à ma grande honte, j’ai finalement cédé à l’assaut des voix en commençant à admettre qu’elles avaient peut-être raison.
Je dors mieux maintenant, mais je ne suis pas encore au mieux de ma forme. Je ne fais plus de cauchemars, mais à la place, je souffre de pure anxiété. Je crains que les voix et les crises ne reprennent de plus belle, mais je sais qu’un jour, j’aurai le courage d’y faire face, car je suis maître de ma personne. J’ignore toujours si ce que j’ai vécu cette nuit-là était un cauchemar, ou si c’est mon esprit qui me jouait encore des tours.
On dit qu’il ne faut jamais réveiller un somnambule, mais c’est un mythe. Si ma famille avait été là pour me tirer de ma crise de somnambulisme cette nuit fatidique, peut-être, je dis bien peut-être, que rien de tout cela ne serait arrivé. Tout aurait pu être différent. Cette expérience hors de mon corps me hante encore, car je dors encore dans le même lit, dans la même position, et j’ai peur qu’un jour le cauchemar devienne réalité. Certains jours, je n’ai nul pire ennemi que moi-même.
Je suis en guerre contre moi-même.
GAGNANTE (7e et 8e années)
Elsa Davis
Braise
Braise regarda les flammes dévorer le monde autour d’elle. Pas encore, pensa-t elle. Les incendies étaient chose courante dans son village, et tout serait rapidement réparé une fois que le brasier se serait éteint. Pourquoi, se demanda Braise, pourquoi nous entêtons-nous à construire un village en matériaux inflammables alors que les habitants ont le don de créer le feu et de se transformer en dragons? Peut-être…
« Braise, dépêche-toi! » lui cria son frère, Brandon. Elle changea. Sa colonne vertébrale s’allongea, une queue apparut; d’immenses ailes membraneuses noires jaillirent de ses omoplates. Ses bras et jambes se musclèrent, et son épine dorsale se hérissa de pointes tandis que son corps se couvrait d’écailles de jais. Déployant ses ailes, Braise prit son envol.
Elle alla rejoindre son frère, qui volait déjà sur place. « Il reste quelqu’un à l’intérieur? », lui demanda-t-elle. « Non, on a sorti tout le monde. Tu es la dernière. » Battant l’air, les deux dragons noirs filèrent vers la foule qui s’était rassemblée plus haut dans la montagne.
Braise s’accroupit près du petit tas de bois et de brindilles. Elle leva sa paume et se concentra. Feu, feu, feu, feu, FEU! Dans sa main, une petite flamme se mit à danser. Elle la versa délicatement sur la pile disposée par les villageois. Plus loin, Brandon plongeait les bras dans un autre feu pour mieux en entasser les branches.
Au-dessus de la clairière, une ombre rôdait. Observait, tandis que les villageois se préparaient à dormir autour de leurs nombreux feux dont l’éclat rouge orangé tranchait contre le sombre versant des montagnes.
Le frère et la soeur se couchèrent dos à dos : Braise face aux flammes, Brandon surveillant la forêt. Tandis qu’un sommeil intermittent gagnait Braise, des ombres obscures se détachèrent des arbres. Elles vinrent se pencher sur Brandon – qui s’était endormi –, s’emparèrent de lui et regagnèrent silencieusement les ténèbres avec leur fardeau.
Braise s’assit dès que les ombres eurent filé. Qui était-ce? Où avait-on emporté Brandon, et pourquoi? Sans s’arrêter pour y penser davantage, elle se leva, se faufila entre les villageois endormis et s’enfonça dans les bois. Sa décision était prise. Elle allait sauver son frère.
Braise retrouva rapidement la piste, un chemin clair de branches brisées et de traces dans la boue. Elle la suivit toute la nuit et poursuivit encore jusqu’en matinée avant d’enfin s’asseoir, épuisée, sur un rocher au bord d’un ruisseau.
Ces ombres vont beaucoup plus vite que je ne m’y attendais. Elles ont dû courir presque tout le chemin. Comment vais-je les rattraper?… Oh, c’est vrai. Elle but rapidement au ruisseau, engloutit une poignée de baies d’un arbuste qui poussait non loin, puis elle changea. La métamorphose se déroula normalement et sous peu, un grand dragon noir se mit à voler au ras des arbres.
La fatigue gagnait Braise et son humeur s’assombrissait. Le jour tirait à sa fin et le soleil commençait à disparaître sous l’horizon. Ces ombres ne pourraient-elles pas s’arrêter un moment? Peut-être faire un feu pour qu’elle les retrouve plus facilement?
C’est alors qu’elle aperçut, du coin de l’oeil, une petite lueur dans le lointain. Presque invisible, sous les hauts pins.
Son coeur fit un bond et elle vira à gauche. Vers la lumière qui représentait son espoir et sa chance de sauver son frère.
Braise atterrit à bonne distance pour s’assurer qu’on ne la remarquerait pas. Elle reprit sa forme humaine et bondit à travers les arbres.
Derrière le tronc épais d’un vieux pin, Braise épia les ombres. L’une était plus petite que les autres : ce devait être Brandon. Les silhouettes, pelotonnées autour d’un bon feu, conversaient à voix basse. Le ciel s’assombrit et les étoiles se mirent à poindre. Les flammes baissèrent. Une à une, les silhouettes se couchèrent.
Attendant encore deux minutes après que la dernière se fut assoupie, Braise osa sortir de sa cachette pour s’avancer furtivement dans le cercle qu’illuminaient doucement les charbons incandescents. Elle se fraya un chemin en silence entre les formes endormies, les examinant avec soin jusqu’à ce qu’elle arrive à celle qui, elle en était sûre, était son frère.
« Brandon, souffla-t-elle en secouant légèrement son épaule, réveille-toi. Il faut partir. » Brandon se releva en se frottant les yeux, à moitié endormi, et regarda autour de lui jusqu’à ce que son regard errant s’arrête sur sa soeur.
« Braise?, demanda-t-il, confus.
— Chhhut. Viens, il faut qu’on s’en aille.
— Je viens », dit-il en se levant. Frère et soeur s’éloignèrent à pas de loup jusque dans les bois avant de s’arrêter.
« Qu’est-ce que tu fiches ici?, s’indigna Brandon.
— Je suis venue te sauver, répondit Braise, ravie de son sauvetage impeccable.
— Je n’ai pas besoin qu’on me sauve! Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai besoin qu’on me sauve?!
— TU T’ES FAIT KIDNAPPER!, s’emporta Braise, oubliant d’être discrète.
— ÇA NE VEUT PAS DIRE QUE J’AI BESOIN QU’ON ME SAUVE!, s’écria Brandon en retour.
— MAIS SI!
— MAIS NON!
— BIEN SÛR QUE SI!
— Pardon de vous interrompre, fit une troisième voix, mais vous parlez tous deux assez fort, et il y a des gens qui essaient de dormir ici. » Le duo se retourna pour regarder le nouvel arrivant.
C’était un homme de bonne taille – plus grand que Braise d’environ deux têtes; les cheveux brun foncé; la barbe courte, bien taillée; la voix suave : le genre de personne qui fait tout de suite bonne impression.
« Je ne crois pas que l’on se soit déjà rencontrés?, dit-il en regardant Braise. Je m’appelle Stéphan.
— Pardon pour le bruit, s’excusa Brandon. Voici ma soeur, Braise. Elle est venue me sauver.
— Retournons près du feu, proposa Stéphan. Je crois que nous lui devons une explication. »
Le soleil couronnait la cime des arbres lorsqu’ils regagnèrent le camp, lequel grouillait maintenant de gens affairés à cuisiner le déjeuner et à démonter le camp. Aussitôt, un petit homme trapu et grisonnant trotta jusqu’au trio.
— Vous voilà enfin! C’est le chaos ici! Léanora dit qu’elle va mourir si elle n’humecte pas ses branchies; Céléane a vu une souris et refuse de redescendre de son arbre; quant aux cuisiniers, ils n’arrivent pas à s’entendre entre des crêpes ou du gruau ce matin! Je ne sais plus quoi faire pour maintenir l’ordre dans ce camp!
— Du calme, Corumph, commanda Stéphan. Dit à Léanora qu’il y a un ruisseau juste derrière les arbres là-bas. Demande à Maaerdé d’essayer d’amadouer Céléane – tu sais comme il peut être persuasif. Et dit aux cuisiniers qu’ils n’ont qu’à faire les deux. »
Corumph ayant détalé pour exécuter ses ordres (et trouver des excuses pour ne pas avoir pensé à tout ça lui-même), Stéphan reprit : « Bon maintenant, je crois que nous te devons une explication, Braise. »
La plupart de gens l’ignorent, mais il y a un temple assez près d’ici, et dans ce temple, il y a cinq pierres… Tu connais les éléments, n’est-ce pas?
— Le feu, l’eau, la terre et l’air, répondit Braise sans hésiter. Mais je ne savais pas qu’il y en avait un cinquième.
— La plupart des gens l’ignorent, même si c’est le plus important. Ce cinquième élément, c’est la magie, si tu veux savoir, mais nous n’avons qu’à nous soucier des quatre premiers. Pour chaque élément, il existe une pierre, et pour chaque pierre, un gardien. Tous les trente ans, un nouveau gardien doit être nommé – sauf dans le cas de la magie, pour laquelle il n’y a personne depuis plus d’une soixantaine d’années. Son gardien pourrait être quiconque possède de la magie, soit à peu près tout le monde. Nous avons abandonné les recherches il y a trente ans, car nous n’avons pu trouver la bonne personne. Nous avons emmené Brandon pour qu’il soit le gardien de la pierre du feu », conclut Stéphan.
Braise en avait la tête qui tournait. Elle respira un grand coup pour rassembler ses esprits. Mais avant qu’elle puisse poser la question qui lui brûlait les lèvres, Brandon la prit de vitesse.
« Est-ce que Braise peut venir avec nous?
— Je n’ai pas d’objection, conclut Stéphan après avoir bien réfléchi.
— SUPER! » À cette exclamation qui fit sursauter tout le camp, Brandon se rua dans les bras de sa soeur. « Ça ne serait pas pareil sans toi! »
Le déjeuner fut tout simple : des crêpes nature, du gruau chaud, et du miel pour sucrer le tout. Peu importe : Braise mangea avec appétit. Le repas terminé, le groupe se dispersa et Stéphan appela la nouvelle venue pour la présenter aux futurs gardiens.
En rang, les quatre candidats ne pouvaient être plus différents les uns des autres. Brandon, ses cheveux bruns perpétuellement en bataille, était assez grand parmi ses pairs, mais il paraissait petit à côté de la fille qui le flanquait.
Celle-ci avait les cheveux bleus, coupés court, et son teint tirait sur le turquoise. Braise reconnut immédiatement en elle la gardienne de l’eau – pas à cause de l’étrange couleur de ses cheveux, mais en raison des membranes
entre ses doigts et des branchies qui s’ouvraient sur ses joues, juste sous ses oreilles.
De l’autre côté de Brandon se tenait un garçon à l’air maussade et aux cheveux qui lui pendaient devant les yeux. Il manipulait quelque chose que Braise ne pouvait pas voir dans une main; l’autre main était tenue fermement par la dernière des quatre gardiens.
C’était une fille aux longs cheveux noirs, petite et effacée. Elle semblait nerveuse en présence d’une nouvelle personne.
« Voici Léanora, dit Stéphan en désignant la grande fille. Elle est notre gardienne de l’eau, et c’est aussi la seule ondine du camp. »
— Allô! fit l’intéressée. Sa voix était claire et pétillante; la situation avait l’air de l’emballer.
— Voici Maaerdé, poursuivit Stéphan en montrant le garçon renfrogné à côté de Brandon. C’est notre gardien de la terre.
— Bonjour, salua celui-ci de beaucoup moins bonne grâce que Léanora.
— Et voici Céléane, notre gardienne de l’air. »
— Salut », couina cette dernière.
Il y eut un bruissement dans les broussailles et Céléane écarquilla les yeux de terreur. Un fort vent se leva, transportant la poussière et fouettant les cheveux de Braise. Maaerdé se tourna vers la jeune fille et lui dit quelque chose que Braise n’arriva pas à saisir. Céléane respira profondément et le vent retomba. Avant que Braise ne puisse commenter l’étrange incident, Corumph fit irruption.
« Le camp est démonté et nous sommes prêts à partir, annonça-t-il à Stéphan. Si nous partons maintenant, nous arriverons au temple avant le dîner, alors si vous me permettez de vous interrompre : il est temps de se mettre en route. »
— C’est vrai, opina Stéphan en se retournant vers les autres. Trouvez-vous quelque chose à transporter et partons.
Comme Corumph l’avait estimé, le groupe parvint au temple quelques minutes avant midi. De taille modeste, le temple lui-même ne faisait que trois pièces, mais il y avait d’autres bâtiments non loin dans les bois. Toutes les constructions étaient faites d’une pierre verdâtre et entourées d’arbres et de sentiers sinueux.
Une fois la troupe installée et nourrie, Stéphan conduit leur petit groupe de six dans le temple. Au centre de la pièce s’élevaient cinq piédestaux. Sur chacun reposait une pierre.
La première était de toute évidence la pierre du feu. Elle était rouge orangé, et la couleur dansait et vacillait comme les flammes que Braise tenait si souvent.
La suivante était celle de l’eau, déduit Braise : elle était bleu-vert et on pouvait presque voir des vagues se briser sur ses parois.
La pierre de l’air était bleue elle aussi, mais dans des tons pâles et vaporeux. Les couleurs tourbillonnaient à l’intérieur.
La pierre de la terre ne retint pas l’attention de Braise longtemps : elle était grise, tirant sur le noir, et ressemblait à un simple caillou. Son regard fut plutôt attiré par la cinquième pierre.
La pierre de la magie était magnifique : un maelström de toutes les couleurs imaginables (et même inimaginables), où miroitaient çà et là des étincelles scintillantes.
« Tu aimerais la prendre?, demanda Stéphan, interrompant sa rêverie.
— Je peux? fit-elle, ahurie.
— Bien sûr. » Il saisit délicatement la pierre et la lui tendit. « Il faut la prendre doucement, avec tes deux mains. » Précautionneusement, Braise accepta la pierre. Rien ne se passa. Tous dans la pièce exhalèrent le souffle qu’ils avaient retenu – tout le monde avait secrètement pensé qu’elle serait une gardienne.
Braise rendait la pierre à Stéphan lorsque Corumph surgit. Arrivant en trombe dans le cercle des piédestaux, il trébucha et, tentant de reprendre son équilibre, agrippa le bras de Braise.
Cette dernière vit, impuissante, la pierre lui glisser des doigts et chuter vers le sol. Le temps sembla ralentir. Brandon plongea. Les bras tendus, il attrapa la pierre. Une lumière éclatante en explosa. Le flash ne dura qu’une seconde puis s’atténua en une douce lueur palpitante. Tout le monde dévisagea Brandon.
« Je… vais m’en aller maintenant », marmonna Corumph, penaud, battant retraite vers la sortie.
— Incroyable, remarqua Stéphan après son départ, tout ce temps, je pensais que la pierre appelait Braise, alors que c’est toi qu’elle voulait!
— Qui est le gardien du feu alors?, demanda Maaerdé.
— C’est moi », déclara Braise.
Elle se rendit jusqu’à la pierre et, sans hésitation, la prit. Un flamboiement rouge orangé emplit la pièce avant de s’adoucir. Un par un, les trois autres gardiens saisirent leurs pierres; une par une, celles-ci brillèrent un instant puis se mirent à luire doucement.
« Bienvenue dans votre nouvelle vie », les félicita Stéphan. Tous rayonnèrent de bonheur, mais personne aussi vivement que Braise.
